Images troublantes au procès du prédateur Russell Williams
Nouvelles générales - Justice
Écrit par David Santerre
À le voir vêtu d’une petite culotte dérobée à une fillette de 12 ans, difficile d’imaginer que le colonel Russell Williams a jadis été l’un des militaires les plus en vue au pays. Mais lundi a vraiment sonné le glas de l’ère de respectabilité de cet homme qui a reconnu avoir tué et violé deux femmes, en avoir violé deux autres, en plus d’avoir commis 82 introductions par effraction dans des maisons où il volait des tonnes de dessous féminins.
Le petit palais de justice de Belleville, en Ontario, était surchargé de badauds et de journalistes, en plus des familles des victimes du prédateur, pour cette journée où ils allaient assister à la plus absurde séance de visionnement de photos de leur vie.
Williams, 47 ans, avait été arrêté en février dernier et accusé des meurtres de l’employée d’une compagnie d’autobus d’écoliers d’Ottawa, Jessica Lloyd, et de la caporale Marie-France Comeau. Celle-ci travaillait à la plus importante base de l’armée de l’air à Trenton, près de Belleville. Base qui était depuis peu sous le commandement du colonel Williams. Elle y agissait à titre d’agent de bord sur l’avion qui transportait les dignitaires canadiens partout dans le monde, comme les premiers ministres et les gouverneurs généraux. Un avion qu’avait déjà piloté Williams.

Le colonel Russell Williams a plaidé coupable à 86 accusations, dont deux meurtres et deux viols. Photo d'archives Reuters
Après que le colonel déchu eut enregistré un plaidoyer de culpabilité pour les 86 crimes qui lui étaient reprochés (2 meurtres, 2 viols, 82 introductions par effraction), s’est amorcé le résumé de la preuve par le procureur de la Couronne, Me Lee Burgess.
Mais avant, il a avisé le juge et l’assistance qu’ils s’apprêtaient à visionner une preuve «extrêmement dérangeante».
Car si les deux meurtres sordides et les agressions sexuelles qu’a commis Russell Williams sont répugnants, il reste que ce qui nous démontre plus que tout l’ampleur de la déviance de l’homme et de sa préméditation minutieuse, ce sont ses 82 introductions par effraction. Toutes survenues dans les environs de sa résidence près de la base de Trenton ou de celle qu’il habitait avec sa femme à Orleans, en banlieue d’Ottawa.
Des crimes qui n’ont jamais été remarqués par leurs victimes dans 61 cas mais que le colonel a confessés après son arrestation.
Scénario dans les chambres de victimes
Toutes ces introductions étaient minutieusement planifiées. Elles se produisaient dans des résidences où le prédateur savait que demeuraient de jolies jeunes femmes. Des mineures dans 12 cas. Son plan : attendre que la demeure soit déserte, y entrer et y dérober des sous-vêtements féminins. En photographiant toute l’opération.
Sur une des photos, retrouvées cachées dans son ordinateur derrière un système de protection complexe, on le voit vêtu de la culotte à l’effigie d’un personnage de dessin animé volée à une fillette de 12 ans. Tout en se masturbant devant l’objectif.
Un type d’image maintes fois revu par le juge.
Il prenait souvent des photos de la chambre où il commettait ses délits, plus précisément de la commode où il allait se servir, puis des sous-vêtements étendus. Finalement, il se mettait lui-même en scène vêtu de ces dessous.
À une des victimes, il avait volé 87 pièces.
Une adolescente qui avait remarqué le vol en avait même refusé pendant plusieurs jours de dormir dans sa chambre pour aller dormir dans une autre pièce avec son chien. Dans l’ordinateur du colonel, ces photos étaient baptisées HNY pour «Happy New Year».
Ces introductions dans les chambres de femmes pouvaient durer jusqu’à deux heures. À quelques reprises, il dit être passé bien près de se faire prendre.
Dans le garage de sa nouvelle résidence d’Ottawa, la police a trouvé des centaines de sous-vêtements féminins.
Cette folie allait connaître une escalade qui le mènerait aux viols et aux deux meurtres. Ces deux derniers crimes entraînent une peine automatique de prison à perpétuité sans possibilité de libération avant 25 ans.
Congédiement et… pension
«Avec une condamnation formelle, nous sommes maintenant en position pour commencer le procédé administratif qui mènera au congédiement du colonel Williams des Forces armées canadiennes. Cela sera complété aussitôt que possible. Même si nous sommes confiants que justice soit faite, nous reconnaissons que cela ne diminuera pas la douleur et l’anxiété dont souffrent les familles, les amis et les communautés directement touchées par ces événements tragiques», a déclaré le géneral Walt Natynczyk, chef d’état-major de la défense nationale.
Malgré son déshonneur et sa longue détention à venir, Russell Williams devrait pouvoir toucher une généreuse pension en tant qu’ancien haut gradé de l’armée. C’est que le projet de loi conservateur qui prévoit que les détenus fédéraux ne puissent recevoir de versement comme la pension de vieillesse de la part du fédéral ne s’appliquerait pas à un cas comme celui-ci, où le paiement par l’État de sommes à Williams est le résultat «d’une obligation contractuelle» entre le gouvernement et le tueur.
Avec The Globe and Mail et The Toronto Star
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